Geneanet, Filae, Ancestry : lequel choisir pour commencer ?

Geneanet, Filae, Ancestry : lequel choisir pour commencer ?

Vous voulez remonter votre famille et vous hésitez entre les trois noms qui reviennent partout. La plupart des comparatifs que vous trouverez classent ces sites comme s’il s’agissait de trois entreprises rivales et indépendantes. C’est faux depuis 2021, et cette erreur suffit à fausser tout le raisonnement.

 

Ces trois sites ne sont plus trois maisons

L’année 2021 a redistribué tout le secteur français en quelques mois.

Filae a été racheté par MyHeritage, à l’issue d’une bataille boursière où Geneanet était l’autre prétendant. Dès octobre 2021, MyHeritage publiait pour ses propres abonnés une collection de 463 millions de documents historiques français — 154,4 millions de baptêmes et naissances, 125,3 millions de mariages, 149,1 millions de sépultures et décès, plus les recensements de 1872 et 1906.

Geneanet a rejoint Ancestry le 31 août 2021. Geneanet est resté un site distinct, avec son équipe parisienne, ses arbres appartenant à leurs auteurs et son modèle collaboratif et freemium. Mais les membres Premium ont vu arriver des bases Ancestry sans surcoût, à commencer par l’état civil de Paris indexé par Ancestry, soit plus de 11 millions d’actes.

Autrement dit : la question n’est pas « lequel des trois », mais « lequel des deux écosystèmes » — Ancestry/Geneanet d’un côté, MyHeritage/Filae de l’autre. Et à l’intérieur de chaque écosystème, vous payez souvent deux fois pour des données qui circulent déjà entre les deux marques.

C’est la première économie à faire.

Ce que chacun fait réellement bien

Geneanet — la force du collectif

Geneanet n’est pas d’abord une base d’archives : c’est une communauté qui indexe. Des dizaines de milliers de bénévoles y ont relevé des actes, publié des arbres, photographié des tombes et des monuments. Sa bibliothèque généalogique référence plus de trois milliards d’individus, chiffre affiché par le site lui-même.

Le compte gratuit permet déjà la recherche de base — nom, prénom, lieu — et l’hébergement d’un arbre. Le Premium ouvre ce qui compte vraiment quand on bloque : les noms du conjoint et des parents dans les critères, les variantes orthographiques, les caractères jokers, et une recherche élargie aux lieux voisins jusqu’à 200 km. S’y ajoutent les alertes automatiques et le système d’« Indices » qui rapproche votre arbre des autres.

Un mot sur cette option « variantes », car c’est la plus sous-estimée des trois sites. Dans les corpus que nous dépouillons pour nos études, il est courant qu’un patronyme se présente sous deux ou trois graphies concurrentes, dont aucune ne domine franchement, et dont les porteurs vivent dans les mêmes villages. L’orthographe des noms ne s’est stabilisée que tardivement, sous l’effet de l’état civil puis du livret de famille : avant cela, c’est l’oreille du curé ou du greffier qui écrit. Conséquence très concrète : une recherche menée sur une seule graphie peut laisser dehors la majorité des actes de la famille, sans que rien ne vous signale ce qui manque. C’est la première cause des murs généalogiques que nous voyons, très loin devant l’archive détruite ou l’ancêtre illégitime.

Sa vraie force : la couverture des zones rurales, là où aucun opérateur commercial n’a jamais eu intérêt à investir, mais où un retraité passionné a dépouillé sa paroisse acte par acte.

Sa vraie faiblesse : la qualité est inégale par construction. Un arbre Geneanet n’est pas une source, c’est le travail d’un inconnu. Beaucoup sont excellents ; certains recopient des erreurs depuis quinze ans.

Filae — la force du moteur

Filae a fait le pari inverse : indexer nominativement l’état civil français pour qu’on puisse chercher une personne par son nom sans savoir dans quelle commune chercher. Le site annonce aujourd’hui 661 843 606 actes numérisés et indexés.

C’est un pari réussi sur le plan technique. Quand vous ignorez d’où vient votre famille, un moteur nominatif national vous fait gagner des mois.

Sa vraie faiblesse : le modèle est presque entièrement payant. Le gratuit vous montre qu’un résultat existe ; le voir suppose l’abonnement. Et depuis le rachat, la frontière avec MyHeritage s’estompe — vous devez regarder ce que contient réellement l’offre au moment où vous souscrivez, sur l’un comme sur l’autre.

Ancestry — la force de l’international

Ancestry est le premier acteur mondial, et c’est là qu’il faut le juger : sur les branches qui sortent de France. Migration vers les États-Unis ou le Canada, registres britanniques, listes de passagers, naturalisations, recensements décennaux anglo-saxons — aucun site français ne joue dans cette catégorie. S’y ajoute une offre de tests ADN qu’aucun concurrent français ne propose au même niveau.

Sa vraie faiblesse : pour une famille restée en France depuis toujours, l’apport marginal par rapport à Geneanet est limité — et, propriété commune oblige, une partie de ce que vous y trouverez vous est déjà accessible côté Geneanet.

Le tableau de comparaison entre les principaux acteurs de la généalogie 

  Geneanet Filae Ancestry Origine Nom de Famille
Nature Base + communauté Base + moteur Base internationale Étude sur un nom
Groupe Ancestry (depuis 2021) MyHeritage (depuis 2021) Ancestry Indépendant
Répond à la question qui étaient mes ancêtres ? où sont-ils nés ? d’où sont-ils partis ? d’où vient ce nom ?
Point fort Relevés bénévoles, zones rurales, arbres partagés Moteur nominatif sur l’état civil français Sources hors de France, ADN Répartition du nom, variantes graphiques, toponymie
Utilisable gratuitement Oui, réellement Marginalement Non Une première analyse par nom ; le dossier est payant
Modèle Abonnement Abonnement Abonnement Achat unique, sans abonnement
Bon si… vos ancêtres sont français et ruraux vous ne savez pas d’où ils viennent vos branches ont émigré vous voulez comprendre le nom, pas la lignée
Le piège qualité inégale des arbres contributifs presque tout est derrière le paywall payer pour de la donnée française déjà vue ailleurs ce n’est pas une base généalogique : on n’y remonte pas un arbre

La quatrième colonne ne figure pas ici comme un concurrent — elle marque une frontière. Les trois premiers vous rendent des individus ; le quatrième vous rend un nom et sa population. Confondre les deux est la source d’une bonne part des abonnements pris pour rien, dans un sens comme dans l’autre. Le point 6 détaille la différence.

Sur les prix, une mise en garde plus utile qu’un chiffre. Les tarifs de ces trois sites changent souvent et les promotions y sont quasi permanentes : toute grille recopiée dans un article est périmée en quelques mois. Au moment du rachat de 2021, Geneanet annonçait maintenir son Premium à 50 € par an sans hausse immédiate ; c’est le dernier chiffre public daté et attribuable, et il ne vaut que pour ce qu’il est. Avant de payer, vérifiez trois choses sur la page de souscription : le prix à l’échéance et non le prix de lancement, la reconduction automatique, et ce que vous perdez le jour où vous arrêtez de payer.

Trois questions pour trancher en deux minutes

Vos ancêtres ont-ils quitté la France ? Si oui, Ancestry. Si non, il n’y a pas de raison de commencer par lui.

Savez-vous d’où vient votre famille ? Si oui — une région, un département, une paroisse — commencez gratuitement par les archives départementales et Geneanet ; le moteur national ne vous apportera pas grand-chose. Si non, un moteur nominatif comme Filae est le raccourci que vous cherchez.

Voulez-vous contribuer ou seulement consulter ? Geneanet est le seul des trois où votre travail sert à quelqu’un d’autre, et où celui des autres vous sert.

Ce qu’aucun des trois ne remplace : le gratuit

Avant d’ouvrir un abonnement, sachez ce que vous pouvez obtenir sans payer un centime.

  • Les archives départementales en ligne. Registres paroissiaux et état civil numérisés, gratuits, dans presque tous les départements. C’est la source primaire ; tout le reste n’en est qu’un index.
  • Le fichier des décès de l’INSEE. Toutes les personnes décédées en France depuis 1970, avec date et commune de naissance. Consultable et interrogeable librement.
  • Mémoire des Hommes. Les fonds du ministère des Armées : morts pour la France, registres matricules, dossiers de résistants.
  • FamilySearch. Gratuit, indexé, avec des collections françaises considérables.
  • Les relevés collaboratifs de Geneanet, dont une large part reste consultable sans Premium.

Une règle simple : on paie un abonnement pour franchir un mur précis, pas pour commencer. Trouvez d’abord le mur.

Et une remarque de praticien. Ces fichiers gratuits sont infiniment plus puissants qu’on ne le croit, à condition de les traiter en masse plutôt qu’à l’unité. Le fichier des décès ne sert pas seulement à retrouver une date : interrogé sur l’ensemble des porteurs d’un nom, il donne la carte des communes de naissance, la dispersion géographique, l’évolution décennale des effectifs. Le fichier des prénoms date une population. Et il existe un référentiel administratif des lieux-dits et voies de France, plusieurs millions de lignes, que personne n’utilise en généalogie et qui dit si un nom de famille correspond à un lieu réel sur le terrain. C’est cette matière-là — publique, gratuite, mais inexploitable à la main — qui constitue le matériau de nos dossiers. Les trois sites payants ne la traitent pas : ce n’est pas leur métier, ils indexent des individus, pas des populations.

Et si vous cherchez l’histoire du nom plutôt que l’arbre ?

Il existe un cas que ces trois sites ne traitent pas, et il est plus fréquent qu’on ne croit.

Vous ne cherchez pas à remonter de génération en génération. Vous voulez savoir d’où vient le nom : ce qu’il signifiait, dans quelle région il est né, pourquoi il s’écrit de trois manières différentes selon les actes, pourquoi il a presque disparu ou au contraire essaimé. Ou bien vous avez déjà votre arbre, il est propre, il remonte à 1750 — et il ne vous a toujours rien appris sur le nom lui-même.

Ce n’est pas la même recherche. Un arbre suit une lignée : un individu, ses parents, ses grands-parents, une branche qui se rétrécit en remontant. L’histoire d’un nom suit une population : tous les porteurs, à toutes les époques, avec leur répartition dans l’espace. Les outils diffèrent en conséquence. On ne cherche plus un acte, on mesure un stock.

Concrètement, une étude patronymique sérieuse répond à quatre questions qu’aucune base généalogique ne pose :

  • Où est le berceau, et à quelle distance ? Non pas « la région d’origine » au doigt mouillé, mais le centre de gravité géographique des naissances, sa dispersion mesurée en kilomètres, et son déplacement au fil des décennies.
  • Combien de graphies, et lesquelles ? Avec, pour chacune, son aire propre. Deux graphies qui se superposent sur les mêmes villages sont presque certainement le même nom ; deux graphies séparées par trois cents kilomètres sont probablement deux noms distincts qui se ressemblent. La différence change tout à votre recherche.
  • Le nom correspond-il à un lieu réel ? C’est ici que le référentiel des lieux-dits devient décisif. Trouver un hameau ou un champ portant le nom, à quelques kilomètres du berceau mesuré, est un fait autrement plus solide qu’une ressemblance avec une ville lointaine repérée sur une carte.
  • Que dit l’absence ? Si un nom n’apparaît pas dans un fichier, cela borne son effectif au lieu de laisser un blanc. Un résultat négatif chiffré est un résultat.

Deux illusions coûteuses, pendant que nous y sommes.

La première : le blason. Les sites qui vous vendent « les armoiries de votre nom » vendent un objet décoratif. Les armoiries appartenaient à des familles précises, identifiées, pas à un patronyme — porter le même nom qu’un armigère ne vous en donne aucun. Nous n’en produisons jamais, et la règle vaut pour n’importe quel prestataire : s’il vous propose un blason avec votre nom, il invente.

La seconde : le berceau supposé. Un nom qui ressemble à une commune n’en vient pas nécessairement. Très souvent, c’est le lieu qui porte le nom d’une famille installée là — la dérivation va dans l’autre sens, et un simple relevé de voirie ne permet pas de trancher. Une étude honnête écrit alors que le sens de la dérivation reste indéterminé, au lieu de choisir la version qui fait la plus jolie phrase.

Origine Nom de Famille produit, pour un patronyme donné, un dossier documenté : le corpus des porteurs, la carte du berceau et sa mesure, les graphies et leurs aires, les attestations les plus anciennes, la toponymie du terroir, et ce que les fonds officiels contiennent — ou ne contiennent pas. Trois règles y sont tenues sans exception : aucun blason inventé, aucune hypothèse présentée comme un fait, et chaque chiffre accompagné de la source et du millésime du fichier dont il sort, pour que n’importe qui puisse refaire le calcul. C’est une prestation ponctuelle, pas un abonnement, et elle se consulte ici : originenomdefamille.fr.

Verdict

  • Vous débutez et vos ancêtres sont français : compte gratuit Geneanet + archives départementales. Zéro euro pendant plusieurs mois. Vous saurez ensuite quel mur vous bloque.
  • Vous butez sur un nom sans savoir où chercher : un abonnement court à Filae, le temps de la localisation, puis vous revenez au gratuit.
  • Vous avez une branche partie à l’étranger : Ancestry, et lui seul.
  • Vous butez depuis des mois sur un ancêtre qui disparaît des registres : avant de payer un abonnement de plus, vérifiez les graphies. C’est le cas de figure numéro un, et il ne se résout pas en cherchant plus fort le même mot.
  • Vous voulez comprendre le nom, pas la lignée : aucun des trois. Origine Nom de Famille(.)fr est le plus approprié aujourd’hui. 

Et si vous devez ne retenir qu’une phrase de ce comparatif : les deux écosystèmes se partagent déjà une bonne partie des mêmes données. Payer les deux en même temps est, dans la grande majorité des cas, une dépense en double.